La mer Noire connaît un regain d’intérêt des grandes puissances depuis l’éclatement du bloc Soviétique. Animée depuis par un jeu géostratégique entre la Russie et les Etats-Unis, la région voyait ces derniers prendre la main par le biais de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN).
L’intérêt stratégique pour la région tient avant tout aux voies de cheminement des hydrocarbures russes et asiatiques. Rappelons que la mer Noire fait partie d’un axe géopolitique majeur (mers Méditerranée, Noire et Caspienne) et dont l’accès (le détroit du Bosphore) voit passer chaque jour une trentaine de pétroliers. Par ailleurs, de nombreux oléoducs et gazoducs existent ou sont en cours de construction dans cet espace maritime (il s’agit d’une source d’affrontement entre la Russie et les Etats-Unis avec la construction des gazoducs South Stream d’une part, et Nabucco d’autre part).
En plus de l’intérêt énergétique, la Mer Noire est entourée de nombreuses zones de tensions latentes (Abkhazie, Ossétie du Sud, Transnistrie…).
Le contrôle de la région par les américains se fait surtout par le biais de l’OTAN. Depuis la fin de la guerre froide, la Russie tente de reprendre la main ; ce comportement correspond à un nouvel impérialisme vis-à-vis de ses voisins proches. Elle a déjà montré sa volonté impérialiste dans le conflit avec la Géorgie en août 2008 ou encore dans son implication dans les affaires internes ukrainiennes.
De nouvelles données géopolitiques pourraient permettre à la Russie de reprendre le dessus dans la région et retrouver en quelque sorte le pré-carré de l’ex-Union soviétique.
- Elections ukrainiennes et Mer Noire
Le 7 février dernier, l’ancien premier ministre (qualifié de pro-russe) Victor Ianoukovytch remportait l’élection présidentielle. Nous avons déjà eu l’occasion de parler dans un précédent article des visées de l’actuel Premier Ministre Ioulia Timochenko sur les ressources énergétiques de la mer Noire.
En 1997 a été signé entre la Russie et l’Ukraine un bail de vingt ans permettant à la flotte russe de la Mer Noire de disposer d’une partie du port de Sébastopol (Crimée ; Ukraine). Théoriquement, après 2017, la flotte russe est censée quitter la région. Victor Ianoukovytch n’a pas exclu cette semaine de laisser la flotte russe rester au-delà de ce délai en Crimée. Ce nouveau rapprochement entre la Russie et l’Ukraine pourrait gêner d’une part l’extension de l’OTAN dans la région (Ianoukovytch n’est pas favorable à une adhésion de l’Ukraine), et calmer les disputes liées à l’approvisionnement énergétique de l’Union européenne par Gazprom(entreprise russe) et passant par l’Ukraine.
- Construction navale et géopolitique de la Mer Noire
Les chantiers STX de Saint-Nazaire attendent depuis quelques mois de nouvelles commandes de construction de navires (habituellement des paquebots). La situation difficile des chantiers a poussé l’Etat français (possédant environ 33% du capital des chantiers) à proposer la construction de navires militaires. La construction d’un premier Bâtiment de Projection et de Commandement (BPC) de type Mistral vient d’être commencée pour le compte de la Marine Nationale française. Des démarches ont été entreprises pour que la Marine Russe commande quatre navires du même type.
Si la Russie confirme sa commande
auprès de STX (voire même auprès d’un autre chantier d’un pays membre de l’OTAN), il s’agirait d’une première. La situation semble paradoxale. Le fait qu’un pays de l’OTAN fournisse des
armes à la Russie serait une première depuis la fin de la guerre froide. Cette décision serait d’autant plus surprenante qu’il s’agirait d’une nouvelle donne géopolitique pour la mer Noire, ces
navires de la classe Mistral pouvant être affectées à la flotte russe de la Mer Noire. Cette décision inquiète fortement les alliées de la France (à commencer par la Roumanie –membre de l’Union
européenne-, et la Géorgie). Pour cette dernière, la décision pourrait s’avérer bien plus dramatique. Un chef de la Marine russe a déclaré que si la Russie
avait disposé d’un Mistral en 2008 lors de la guerre contre la Géorgie, la flotte de la Mer Noire aurait mis 40 minutes pour accomplir une mission qui lui a pris 26 heures.
Pour les chantiers de Saint-Nazaire, cette petite bouffée d’air poserait de réelles questions. Dans un premier temps, il ne s’agirait certainement que d’un pansement sur une jambe de bois. Les sous-traitants des chantiers sont spécialisés dans l’aménagement de paquebots, pas de navires de guerre. Dans un deuxième temps, est-il décent de livrer des « armes » à un Etat susceptible de l’utiliser contre un allié de la France et de l’Union européenne ?
Jérémy DRISCH
Sources photos :
- Carte mer Noire : Wikipedia
-
BPC Mistral : Marine nationale
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Partager









Il est à craindre que l’annonce de mardi ne soit purement à visée électoraliste. La question de
l’indépendance énergétique, notamment vis-à-vis de la Russie, est considérable dans le débat politique ukrainien. En effet, Mme Timochenko a fait son annonce en arguant que « le plateau
continental de la Mer Noire, c’est notre indépendance économique et politique, c’est la puissance et la compétitivité de notre Etat. Aussi m’appliquerai-je à restaurer la justice […] envers
l’Ukraine ».Sans que l’on est pour le moment plus de détails, il semblerait que son souhait soit d’obtenir un plus grand espace maritime ukrainien notamment autour de l’Ile du
Serpent.
Si l’instance se poursuit jusqu’au bout, il s’agira alors d’une nouveauté non-négligeable.
En effet, c’est la première fois que cette juridiction est choisie pour traiter d’un tel litige. Le tribunal institué par la convention des Nations-Unies de Montego Bay sur le droit de la mer
avait mis en place une chambre spéciale permanente pour le règlement des différends relatifs à la délimitation maritime en mai 2007. Cette chambre est constituée de huit juges, dont le français
Jean-Pierre Cot. Cet ancien ministre français se plaignait récemment dans le journal La Croix du manque d’activité de ce tribunal très spécialisé. Voilà qui devrait le satisfaire tant le dossier
est important. Ce tribunal plus habitué aux litiges liés aux promptes mains levées sur les navires va devoir faire ses preuves dans un domaine largement dominé par la Cour Internationale de
Justice (la première affaire de la CIJ dans le domaine des délimitations maritimes datant de 1969) et les tribunaux d’arbitrage.



