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Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /2009 17:33

                 L’affaire opposant la Croatie à la Slovénie, deux anciennes républiques de la Fédération Soviétique de Yougoslavie aurait pu paraître anodine si l’enjeu sous-jacent n’avait pas été la question des frontières de l’Union européenne. Ces deux Etats se disputent au sujet de quatre petits hameaux et surtout au sujet de leurs délimitations maritimes.


Pour la Slovénie, il s’agit surtout d’assurer son accès à la haute-mer sans avoir à passer par les eaux croates, même si ces dernières sont théoriquement libres de passage en temps de paix.


L’objet du litige


                Le Golfe de Piran est un espace géographique bien particulier, dominé largement par les eaux italiennes et le port de Trieste. Faisant face à l’Italie, se trouvent la Croatie et la Slovénie qui se disputent les restes de cette partie de la mer Adriatique.

Ces deux pays ont hérité leurs frontières terrestres de l’ex-Yougoslavie. Sous l’égide des communautés européennes, la commission dite « Badinter » (la commission d’arbitrage pour la paix en Yougoslavie, créée le 27 août 1991 aura rendu 15 avis entre novembre 1991 et janvier 1993 sur les problèmes juridiques que posaient la sécession des républiques de l’ex Yougoslavie) avait réaffirmé le principe de l’intangibilité des frontières et de l’uti possidetis juris (« Comme vous avez possédé, vous continuerez à posséder »), transformant les anciennes frontières fédérales yougoslaves en frontières internationales. En ce qui concerne les frontières en mer, elles restent à délimiter étant donné l’existence auparavant d’une simple mer territoriale fédérale. La commission Badinter ne se prononça pas sur cette question.


La Croatie et la Slovénie proclament leur indépendance le 25 juin 1991. Les deux Etats doivent délimiter leur frontière maritime sans que cela n’aboutisse.


La Slovénie n’a que 47 km de littoral enclavé entre l’Italie et la Croatie. Très vite, la dispute va porter sur la fin exacte de la frontière terrestre et la délimitation en mer (de laquelle dépend l’accès ou non aux eaux internationales).


         Si les mers territoriales étaient délimitées selon une ligne strictement médiane*, la Slovénie n’aurait qu’une petite mer territoriale due à la concavité de sa côte.


Le traitement du litige


                La question des délimitations avec l’Italie avait été réglée du temps de la fédération de Yougoslavie. En effet, suite à la crise de Trieste entre les deux pays, avait été adopté le traité d’Osimo en 1975.

En 1994, le Parlement slovène annexe les hameaux de Burin, Mlini et Skrije. En 1996, des négociations bilatérales mènent à la signature d’un accord sur le tracé des frontières à l’exception d’une bande de 46 km. Un accord est signé en juillet 2001 au sujet de la frontière en mer. Cet accord prévoit un corridor slovène dans les eaux croates pour mener à la haute-mer. Ratifié par la Slovénie, cet accord n’est pas approuvé par le parlement croate.


Les conséquences :


               Par la suite, la Slovénie devient la première république de l’ancienne Yougoslavie à entrer dans l’Union européenne le 1er mai 2004. Ce pays à la transition économique exemplaire entre en 2007 dans l’espace Schengen (suppression des frontières intérieures de l’espace et report des contrôles aux frontières extérieures de l’Union européenne). Depuis quelques temps déjà, la Croatie a demandé son adhésion à l’Union européenne (dépôt de la candidature : février 2003 / reconnue candidat officiel par le conseil : 17 juin 2004 / ouverture des négociations : 3 octobre 2005). La réaction du parlement croate en 2001, aura eu pour conséquence l’abandon depuis 2004 du soutien slovène à la candidature croate et surtout l’opposition d’un véto de la Slovénie depuis le 18 décembre 2008 sur l’ouverture de certains chapitres des négociations UE / Croatie.


                La Croatie demande alors un arbitrage international sur la question de la délimitation maritime entre la Slovénie et la Croatie. Elle demande l’application pure et simple de la méthode de l’équidistance conformément à l’article 15 de la CMB. La Slovénie espère surtout l’application de l’accord de 2001.

                Un autre litige concernant les espaces maritimes avait provoqué une crise diplomatique entre les deux voisins. En 2003, la Croatie avait souhaité créer une zone de protection écologique et de pêche, à ne pas confondre avec une zone économique exclusive. L’objectif est avant tout de protéger les ressources marines (similaire à ce que la France avait jusqu’à aujourd’hui en Méditerranée). Pour autant, ce projet a provoqué une opposition de l’Italie et de la Slovénie considérant ce projet comme contraire au droit de la mer ou tout du moins à la philosophie du droit de la mer. En effet, la convention de Montego Bay sur le droit de la mer prévoit à l’article 123 une coopération des Etats riverains des mers fermées et semi-fermées (qui sont d’après l’article 122 « un golfe, un bassin ou une mer entourée par plusieurs Etats et relié à une autre mer ou à l'océan par un passage étroit, ou constitué, entièrement ou principalement, par les mers territoriales et les zones économiques exclusives de plusieurs Etats. »). La Croatie a finalement renoncé à son projet trop dénué d’esprit de coopération.


L’obtention d’un accord d’arbitrage

 

                Le 4 novembre dernier, les deux premiers ministres concernés ont signé après accord de leur parlement respectif un accord d’arbitrage pour trouver une solution au litige frontalier. Cette signature eut lieu en Suède qui a actuellement la présidence de l’Union européenne. La signature de ce texte rouvre les négociations d’adhésion de la Croatie à l’UE. Il s’agit là d’un nouveau départ dans les relations entre les deux pays qui réjouit tout le monde, à commencer par les Etats-Unis qui par la voix de sa secrétaire d’Etat Hilary Clinton, explique que « chaque partie est gagnante ».


L’avenir

 

     L’enjeu intéresse en effet les Etats-Unis. Au-delà du « simple » conflit frontalier, il s’agit des frontières même de l’Union européenne. L’élargissement de l’Union européenne joue en faveur de la vision géostratégique américaine et cela à l’encontre de l’intégration européenne. Plus l’Union s’agrandit moins le consensus et l’intégration sont possibles. L’élargissement à outrance empêche l’émergence d’une superpuissance européenne en concurrence directe avec les Etats-Unis.


      La sentence arbitrale à laquelle donnera lieu le contentieux Slovéno-Croate devra considérer seulement la situation antérieure à 1991. Les arbitres risquent de ne pas utiliser une stricte ligne médiane. Il est plus probable qu’à la vue de certaines circonstances spéciales (éléments macrogéographiques ou microgéographiques, des intérêts de défense et de sécurité, etc.), la ligne médiane de l’article 15 de la convention de Montego Bay se voit apporté quelques modifications plus favorable à la Slovénie (sans toutefois pallier complètement à son enclavement).


Il faut espérer que la situation s’améliore dans les mois qui viennent, mais les deux parties ont montré une volonté d’apaisement. La Slovénie a par exemple soutenu récemment l’adhésion de la Croatie à l’OTAN.


A côté de ça, il serait tout de même intéressant que l’Union européenne se pose une fois pour toute la question de ses frontières. Savoir où l’on va paraît primordiale si l’on veut continuer à construire l’Europe.



Jérémy DRISCH

Cartes :
1 : Application de la ligne médiane d'après la position Croate (source : ambassade de Croatie en France)
2 : Projet de création d'une zone de protection écologique et de pêche (source : ambassade de Croatie en France)
3 : Délimitations maritimes selon les termes de l'accord slovéno-croate de 2001 (source : in Joseph Krulic, "Le problème de la délimitation des frontières slovéno-croates dans le Golfe de Piran", Balkanologie, volume VI, n°1 et 2, décembre 2002)

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Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /2009 15:45

     Nous faisions part dans l’un des premiers articles de ce blog de l’annonce par la République Démocratique du Congo (RDC) de son initiative de délimiter une zone économique exclusive au large de ses côtes, menaçant par là même les contrats d’exploitation signés par l’Angola avec plusieurs compagnies pétrolières (dont Chevron et Total).


Un jeu malsain


     Depuis lors, la situation entre les deux voisins s’est très largement dégradée. La propagande de part et d’autre de la frontière n’aide pas à démêler le vrai du faux. Mais en nous basant sur les constatations des ONG, il est possible de dire que les deux pays se sont lancés avec entrain dans un jeu que l’on peut qualifier de jeu du plus stupide. En bref, chacun des deux pays s’amuse à expulser les ressortissants de l’autre pays, qu’ils soient en situation légale ou non. A ce jeu, chacun a pu expulser plusieurs dizaines de milliers de personnes (des chiffres qui feraient pâlir le ministère de l’immigration en France !). Malgré la reprise du dialogue et la volonté affichée de régler par des voies légales le problème des expulsions, ces dernières ont continué.


De plus, il semblerait que les forces armées angolaises, au prétexte de rechercher des rebelles indépendantistes de l’enclave angolaise de Cabinda (coincée entre le Congo Brazzaville et la RDC et réputée pour ses ressources pétrolières) auraient fait de nouvelles incursions dans le Bas-Congo.


Un manque flagrant de dialogue


     Il est surprenant de voir le silence des autorités sur les réelles motivations de ces gestes dont les premières et uniques victimes sont les civils, déjà largement éprouvés par les guerres civiles qui ont ravagé tant l’Angola que la RDC. Aucun des deux pays ne semble manifester la volonté claire de régler leurs différents de manière pacifique.


La première erreur semble en tout cas venir de la RDC qui n’aura pas souhaité délimiter ses frontières maritimes de manière diplomatique. Elle a préféré voter une loi déterminant les espaces sous souveraineté congolaise, or, et cela conformément à l’article 74 de la convention des Nations Unies sur le droit de la mer de Montego Bay, les Etats dont les côtes sont adjacentes doivent délimiter leurs ZEE par voie d’accord.


L’Angola qui semble avoir été touchée dans son orgueil, ayant dans le passé soutenu le clan Kabila dans son accession au pouvoir, a décidé de jouer la carte de la victime, tout du moins dans sa propagande. Le pétrole étant l’enjeu caché de cette surenchère entre les deux pays, l’Angola n’a pas trouvé mieux que de demander aux compagnies pétrolières présentes en Angola, à commencer par Angola LNG ainsi que, d’après l’agence Angola Press, Chevron et Total, de distribuer des dons aux citoyens angolais expulsés du Congo.  


Un avenir inquiétant


     Si les deux voisins n’usent pas de la diplomatie avec franchise (plutôt que de jouer à un jeu malsain faisant des civils les premières victimes), l’avenir risque d’être terrible. L’enjeu étant les zones pétrolières au large des côtes, il est fort à parier que le Congo se permettra d’ici peu quelques expulsions de personnels des plateformes offshores comme on a pu le voir dans d’autres parties du monde. Se cherchant une unité intérieure, le Congo pourrait utiliser co

mme prétexte le comportement de son voisin pour entrer en conflit armé avec lui, celui-ci n’était pas le seul à rechercher l’affaiblissement de la RDC. 


Les compagnies pétrolières qui n’auront pas voulu voir le danger arriver et se seront empressées de signer des contrats d’exploitation avec l’Angola sans vérifier l’absence de contestations sur les zones maritimes angolaises (alors même qu’il s’agit de l’une des conditions nécessaires à la signature d’un tel contrat), risquent de se mordre les doigts et de perdre quantité d’argent sans oublier les menaces qui pèsent sur leurs employés déjà largement éprouvés plus au nord, dans le golfe de Guinée.

Notons enfin que l'espace maritime congolais est très réduit et surtout enclavé entre les eaux angolaises (enclave de Cabinda au Nord et Angola au sud).

 


      Seul l’usage de la diplomatie permettra la résolution du conflit et la délimitation de frontières maritimes de manière équitable (il peut par exemple, être envisagé des zones d’exploitation commune des gisements pétroliers). Si des négociations échouaient, il faudrait soumettre le litige à un tribunal arbitral ou à la cour internationale de justice.   



Jérémy DRISCH

 

 

Crédits photos :

- site du Ministère des Affaires étrangères de Côte d'Ivoire

- Photo Total sur le site Mer et Marine

 

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Mardi 27 octobre 2009 2 27 /10 /2009 09:15

                Au plus haut niveau de l’Etat, le traitement juridique de la question de la piraterie pose question et fait débat. Que ce soit au secrétariat général de la Mer (SGMer), au ministère de la justice, ou encore au ministère de la défense, tout est envisagé pour limiter les failles juridiques liées à l’éloignement des zones de piraterie.


Nous avons déjà parlé du projet de loi présenté par Hervé Morin qui permettrait de fai re des commandants de navire, des quasi- officiers de police judiciaire (OPJ). Nous avions même dit qu’il s’agissait d’une proposition que nous avions fait dans le cadre d’une étude sur la gestion intégrée des frontières extérieures de l’Union européenne pour le compte de la gendarmerie Nationale. Dans cette même étude, nous avions proposé qu’à défaut d’une telle possibilité, les navires de la Marine Nationale comptent dans leur équipage un gendarme OPJ. Celui-ci justifierait toute opération de lutte anti-drogue, de lutte anti-clandestins et de lutte contre la piraterie.

 

Il se trouve que cette idée, qui circulait bien avant que cette étude soit écrite dans les rangs de la gendarmerie et parfois de la Marine nationale resurgit. Mercredi 21 octobre, le Général Roland Gilles, directeur général de la Gendarmerie Nationale (DGGN) était auditionné par la commission de la défense nationale et des forces armées à l’assemblée nationale. Répondant à une question du député Christian Ménard (auteur d’un rapport parlementaire sur la piraterie maritime en mai dernier) sur la présence à bord des navires de la marine nationale de gendarmes, le Général explique que « Pour ce qui est de la piraterie maritime, je suis en discussion avec le chef d’état-major des armées et le chef d’état-major de la marine. Je n’ai cessé de confirmer la disponibilité de la gendarmerie pour assurer une présence sur les bâtiments. Il est vrai que chaque maison a sa culture propre. Pour moi, l’important est que chacun apporte sa pierre dans son domaine d’excellence ».

 

Il sera donc intéressant de voir ce qui est proposé par la suite à l’assemblée nationale et si l’Etat-major de la Marine se range sur cette opinion.

 

Bien sur, cette possibilité n’écarte pas tous les problèmes juridiques. Le délai de notification de garde à vue reste le souci majeur sur lequel tous les avocats des pirates se jettent. A cette question, le Général Gilles explique que le déplacement d’un magistrat sur place pourrait être une idée intéressante ainsi que la généralisation de la vidéoconférence.

 

Jérémy DRISCH


Source images : site de la gendarmerie nationale

 

Rapport parlementaire sur la piraterie maritime

Audition du Général Roland Gilles (21/10/2009)


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Dimanche 25 octobre 2009 7 25 /10 /2009 12:33

    La géopolitique de l’Amérique du Sud est très complexe tant elle est teintée de sentimentalisme, les frontières ayant une forte connotation émotionnelle et faisant l’objet d’un certain orgueil national.

 

     L’affaire qui préoccupe les chiliens et les péruviens actuellement part d’une affaire qui semble de prime abord inoffensive. Pourtant, si on lit certains commentateurs, les bruits de bottes  se font déjà entendre de part et d’autre de la frontière entre le Chili et le Pérou.

L’objet du litige est la découverte par un journal péruvien de l’édition d’une carte touristique par l’institut géographique national (IGN) sur laquelle était dessinée une « frontière » en mer (Océan Pacifique) entre les deux voisins.

 

Point de départ

 

     Ces deux pays sont des frères ennemis depuis la deuxième guerre du Pacifique qui les opposa ainsi que la Bolivie entre 1879 et 1884. Cette guerre à elle seule permet d’éclaircir différents aspects géopolitiques importants au niveau régional et joue un rôle primordial dans la mémoire des peuples de la région.

De nombreux contentieux émaillent les relations du Chili et du Pérou et cela notamment au sujet des frontières. La question des délimitations maritimes n’a jamais été quant à elle entièrement réglée. La seule chose sur laquelle les deux pays sont d’accord est le point de départ de cette frontière en mer, et cela depuis le traité signé à Lima le 3 juin 1929 réglant le différend relatif à Tacna et Arica (deux villes péruviennes annexées par le Chili). Il s’agit d’un point appelé la « Pointe de la Concordia ».

 

 

Délimitations maritimes

 

      Le Pérou a toujours cherché à négocier des frontières maritimes auprès des autorités chiliennes depuis les années 80 mais s’est trouvé face à un mur.

En 2005, le Pérou a décidé de voter une loi sur ses délimitations en mer, ce qui est contraire au droit international dès lors qu’une délimitation doit avoir lieu entre deux Etats dont les côtes sont adjacentes.  Cette « provocation » troubla une fois de plus les relations du Pérou avec le Chili. Le Pérou souhaite une délimitation utilisant la méthode de l’équidistance (la plus courante) contrairement à une délimitation suivant un parallèle souhaitée par le Chili.

 

L’enjeu de cette délimitation maritime est une fois de plus d’ordre économique. Loin des considérations pétrolières, il s’agit cette fois d’une délimitation dans des eaux très poissonneuses. Pour parvenir à ses fins, le Pérou a fini par introduire une instance devant la cour internationale de justice de La Haye contre le Chili « au sujet d’un différend relatif à la délimitation maritime entre les deux Etats » le 16 janvier 2008. Pour pouvoir régler un contentieux de cette nature devant une juridiction internationale, la règle en la matière (depuis l’arrêt rendu dans l’affaire du plateau continental de la Mer du Nord) veut qu’il y ait déjà eu une première négociation entre les deux Etats et que celle-ci ait échouée. Le Pérou explique en l’espèce qu’une note du 10 septembre 2004 adressée à son ministre des affaires étrangères par son homologue chilien aurait rendu impossible toute nouvelle tentative de  négociation.

Ainsi , dans sa requête le Pérou « prie la Cour de déterminer le tracé de la frontière entre les zones maritimes des deux Etats conformément au droit international […] et de dire et juger qu’[il] possède des droits souverains exclusifs dans la zone maritime située dans la limite de 200 milles marins de sa côte, mais en dehors de la zone économique exclusive ou du plateau continental du Chili ».

 

Le Chili de son côté argue du fait que le Pérou ne respecterait pas la déclaration de Santiago de 1952 et la convention régionale sur la frontière spéciale de 1954 celles-ci traitant plus de questions de pêche.

 

Géopolitique régionale complexe

 

     Le conflit entre les deux voisins prend une tournure spéciale depuis quelques années avec l’intervention d’un troisième Etat qui a beaucoup perdu lors de cette fameuse guerre du Pacifique : la Bolivie avait en effet perdu son accès à la mer, objet de beaucoup de rancœur aujourd’hui encore. Mais les relations avec le Chili se sont améliorées par le jeu d’intérêts réciproques. La Bolivie a de grandes réserves de gaz naturel qu’elle souhaite pouvoir exporter. Sans accès à la mer, elle se retrouve obligée de négocier avec le Chili, pays qui manque de gaz.

 

Provocations diverses

 


 

      Un nouvel incident est venu tendre les relations entre le Chili et le Pérou (alors que la Bolivie est bien silencieuse sur le sujet depuis quelques jours). L’IGN a publié une carte touristique il y a quelques temps sur laquelle figure un trait proche des revendications Péruviennes, faisant dire aux chiliens que la France soutient le Pérou. D’après l’IGN, il n’en est rien (surtout que la France ne prend jamais position sur les différends territoriaux entre deux Etats amis). La carte n’a en effet aucune valeur officielle ou juridique et la légende pour ce trait indique la « limite de fuseau horaire ». Sans ajouter d’eau au moulin, la limite de fuseau horaire reste normalement calquée sur les frontières. Il faut surtout voir là une erreur de la part du prestigieux institut français.


      Dans le même temps, les provocations continuent avec des démonstrations militaires côté chilien et l’organisation d’un exercice militaire international d’un goût douteux. Le nom de l’exercice est « Salpêtre 2009 » rappelant l’un des objectifs majeurs de la guerre du Pacifique : le Salpêtre, composant essentiel de la poudre à canon dont l’approvisionnement explique une partie de la géopolitique du 19ème. Le transport du salpêtre rappelle pour nous les cap-horniers du 19ème et du début 20ème.  

L’objet de l’exercice est la simulation d’un mandat de l’ONU pour des opérations aériennes contre un pays fictif ne respectant pas des traités internationaux (l’exercice se faisant au Nord du Pays, près de la frontière chilienne). Drôle d’humour pour un exercice auquel participent les forces aériennes des Etats-Unis, de la France et du Brésil (puissance régionale incontestable).

 

 

L’affaire est loin d’être finie et promet de nombreux rebondissements. La CIJ risque dans tous les cas de rendre un arrêt très intéressant même si c’est pour se reconnaître incompétente par défaut de négociations entre les deux parties.

 

 

 

Jérémy DRISCH

 

 

Sources cartes : Quotidien péruvien El Comercio et copie de la carte IGN litigieuse sur le site du journal Foreign Policy


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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /2009 23:04

 

Depuis 1953 et la fin de la guerre de Corée, les relations entre les deux entités coréennes sont émaillées de tensions militaires et d’espoirs, ou plutôt d’espoirs déçus et de faux espoirs. Depuis une dizaine d’années, pour celui qui ne fait que regarder le journal télévisé, les relations entre la Corée du Nord et la Corée du Sud sont incompréhensibles. Un jour, on tend vers la paix, l’autre jour, on tend vers la guerre.

 

En 1953, l’armistice de Panmunjom  fût signé après trois années d’une guerre fratricide entre le Nord et le Sud. Accompagnant cet armistice, la mission des Nations-Unies dirigée par les Etats-Unis a établi une « frontière maritime » intercoréenne pour la Mer Jaune, plus connue sous le nom de « Northern Limit Line » (NLL). Celle-ci est dès le départ, mal acceptée par le Nord qui la contestera jusqu’à aujourd’hui. Par ailleurs, la Corée du Nord a établi une zone économique exclusive des deux côtés de la péninsule.

 

La signature d’un armistice signifie seulement que les belligérants cessent les hostilités. Ainsi, tant qu’aucun traité de Paix n’a été signé, l’état de guerre subsiste toujours. Dans le cadre des deux Corées, il n’y a jamais eu de traité de Paix. Après la guerre froide pourtant, les autorités des deux Etats ont tenté d’avancer vers la Paix et de mettre fin à une situation qui perdure depuis trop longtemps.

 

Ces négociations mènent à une avancée historique avec la réunion d’un sommet intercoréen du 2 au 4 octobre 2007 à l’issue duquel les deux dirigeants coréens signent un accord dans lequel ils s’engagent à promouvoir la paix et la prospérité économique. Dans cet accord, il est question de remplacer la NLL par une zone de pêche commune pour éviter toute crise diplomatique liée à la mer.

 

Les espoirs suscités par cet accord vont très vite être déçus. Dès 2009, les essais nucléaires nord-coréens et les différentes provocations de Pyongyang menacent sérieusement, si ce n’est la paix, en tout cas, le processus de paix dans la péninsule coréenne. En effet, en janvier dernier, la Corée du Nord a annoncé que tous les accords et traités signés avec le Sud étaient annulés. Elle explique aussi ne plus reconnaître la frontière maritime en Mer Jaune ouvrant la voie à de nouveaux incidents diplomatiques et militaires. Dès le 4 juin dernier, un navire nord-coréen franchit la frontière et navigue 40 minutes durant dans les eaux sud-coréennes malgré les menaces de tirs de navires militaires de Séoul.

En 2002 déjà, un affrontement maritime avait eu lieu en Mer Jaune faisant une trentaine de morts côté Nord et six pour la Corée du Sud. La semaine dernière, c’est la Corée du Nord qui a accusé Séoul d’avoir violé la frontière maritime. Des navires militaires auraient en effet traversé la ligne de délimitation en prétextant l’incursion dans les eaux sud-coréennes de navires de pêche en provenance du Nord.

Le commandement nord-coréen a mis en garde le sud en expliquant que « les provocations militaires irresponsables par des navires de guerre de la Marine sud-coréenne ont créées une situation tellement grave qu’un incident naval pourrait se produire ».

 

Relevons le paradoxe commun à tous les conflits de délimitations maritimes qui peuvent dégénérer en conflit militaire. En effet, le sud reconnait la NLL comme la frontière maritime et le Nord la conteste depuis 1953. Pourtant, c’est sur la base de cette délimitation que le nord accuse le sud d’incursions dans ses eaux.

Pour la défense de la Corée du Nord, la NLL est avant tout le résultat d’une décision militaire, et n’est en rien conforme au droit de la mer actuel. Comme le montre la carte, il s’agit d’une délimitation très éloignée d’une ligne d’équidistance. Elle a même tendance à coller à la côte du nord alors que dans la jurisprudence de la cour internationale de justice il s’agit d’une circonstance pertinente nécessitant le déplacement de la frontière maritime.

 

Bien sûr, la probabilité d’un conflit naval doit se comprendre dans une politique d’ensemble de provocation de Pyongyang. De nouveaux tirs de missiles de courte portée sont d’ailleurs semble t-il prévus pour les semaines à venir.  

 

Jérémy DRISCH

 

Source carte : BBC news

Source image : Ria Novosti

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Citation

"L'activité des hommes se tournera de plus en plus vers la recherche de l'exploitation de la mer, et naturellement, les ambitions des Etats chercheront à dominer la mer pour en contrôler les ressources" Général Charles de Gaulle, Brest, 2 février 1969

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