Fin avril 2010, les parlements russes et ukrainiens ont ratifié un accord prolongeant le bail permettant aux russes de stationner la flotte de la Mer Noire dans une partie des installations portuaires de Sébastopol (Ukraine). Dans un précédant article, nous avions déjà évoqué cet enjeu qui avait animé le débat politique lors des dernières élections présidentielles ukrainiennes. Avec la victoire de Victor Ianoukovitch (considéré comme pro-russe), le rapprochement russo-ukrainien n’a pas tardé. Alors que les négociations concernant la flotte de la mer Noire auraient pu s’annoncer houleuses, elles ont finalement abouti assez rapidement sur un accord qui provoqua dans les rangs des députés ukrainiens de l’opposition une réaction violente. En effet, lors du vote à l’assemblée ratifiant l’accord bilatéral ceux-ci n’ont pas hésité à en venir aux mains et à lancer des fumigènes dans l’hémicycle tandis que dehors, les militants pro-européens affrontaient le camp pro-russe.
Le port de Sébastopol est situé dans la péninsule de Crimée. Conquise au XVIIIème siècle par l’empire
Russe, le port militaire fut construit sous le règne de Catherine II. Depuis lors, les marins russes n’ont cessé d’occuper Sébastopol. Après la seconde guerre mondiale, l’URSS attribua la
péninsule à la république ukrainienne, reconnaissant à la ville de Sébastopol le statut de « ville d’importance républicaine » (id. d’importance fédérale comme Moscou ou
Saint-Petersbourg), tout en continuant à occuper les installations portuaires. Après la chute de l’URSS, cet état de fait n’a jamais été contesté. En 1997, Boris Eltsine reconnu que la péninsule
de Crimée et la ville de Sébastopol étaient ukrainiennes. A côté de cela, un bail de 20 ans était signé entre les deux pays permettant à la Russie de stationner sa flotte dans une partie du port
ukrainien. Ce bail devait s’arrêté en 2017 mais l’accord intervenu en avril dernier le prolonge jusqu’en 2042.
Pour obtenir cet accord, la Russie a du faire un effort permettant de clore un conflit qui avait empoisonné les relations entre les deux voisins durant plusieurs années. En effet, une « guerre du gaz » opposait la Russie et l’Ukraine concernant l’approvisionnement gazier de l’Ukraine (80% du gaz utilisé étant d’origine russe). Pour avoir le droit de stationner ses forces navales en Crimée, la Russie a dû consentir à un rabais de 30% sur la facture de fourniture d’énergie. Rappelons que ce conflit autour du gaz fourni par le géant russe Gazprom a poussé ce dernier à lancer un projet de gazoduc contournant l’Ukraine et traversant la mer Noire appelé South Stream. Pour contrecarrer ce projet, les Etats-Unis et plusieurs Etats riverains de la mer Noire ont lancé le projet de gazoduc Nabucco.
Pour la Russie, ce prolongement de bail permet d’affirmer son contrôle sur un ancien satellite de l’URSS qui a tenté depuis quelques années de s’affranchir d’une tutelle pesante. En effet, ce port de Sébastopol a notamment permis en 2008 à la marine de guerre russe d’intervenir dans le conflit avec la Géorgie en République autoproclamée d’Ossétie du Sud. Le président russe Dimitri Medvedev a déclaré il y a quelques jours devant des étudiants de l’université de Kiev que le maintien de la présence russe permettait de garder le statu quo ante et limiter la « suprématie » occidentale. La chute de l’URSS et la dissolution du pacte de Varsovie a permis l’extension de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord sur les rives de la Mer Noire au détriment de la Russie, qui voit d’un mauvais œil l’arrivée de l’OTAN à ses frontières. Pour le président russe, la présence de la Russie en Ukraine est primordiale pour la sécurité européenne et l’équilibre des forces dans cette région.
De fait, la récente élection de Victor Ianoukovitch en Ukraine et le rapprochement de cette dernière avec la Russie éloigne la perspective d’adhésion de cette dernière à l’OTAN. La Géorgie et l’Ukraine sont les deux seuls pays riverains de la Mer Noire (et anciens satellites de l’URSS) qui n’ont pas encore adhéré à l’OTAN. Leur souhait respectif est à l’origine de nombreuses tensions avec leur voisin russe et notamment la reconnaissance par la Russie à ses frontières de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud.
Jérémy DRISCH
Vous pouvez retrouver la carte en format PDF en suivant le lien suivant : « Sébastopol : un port au cœur des enjeux géopolitiques de la Mer Noire »
Cette carte permet de comprendre la place stratégique de la flotte de la Mer Noire dans un espace régional aux divers enjeux stratégiques et économiques (distribution du gaz, sécurité collective, conflits indépendantistes,…).
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Ces querelles ont de nombreuses conséquences sur le plan
européen. Tout d’abord, le dossier chypriote bloque de nombreux pays européen dans les négociations pour l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Ensuite, le comportement turque en mer Egée
a des répercutions sur les missions menées par l’agence européenne FRONTEX dans sa lutte contre l’immigration clandestine. La Turquie contestant la délimitation de l’espace aérien grec, certains
appareils ont maille à partir avec l’armée de l’air et la marine turque.
A côté de
ces enjeux territoriaux et stratégiques, la mer de Barents est aussi convoitée pour la pêche. Cet enjeu économique a poussé la Norvège et l’URSS à établir les limites provisoires d’une zone
commune de pêche de 155 000 km2.
Cette
contestation pris une tournure militaire il y a bientôt 28 ans. La guerre dite des Malouines opposa le régime militaire argentin et le Royaume-Uni d’avril à juin 1982. Il fût l’un des rares
conflits naval de l’après seconde guerre mondiale, qui fit côté argentin environ 600 victimes, et côté britannique, environ 200 victimes. Le régime argentin, désirant redorer son blason entaché
par de lourdes atteintes aux droits de l’Homme, décida d’envahir les îles Malouines. Pour les britanniques, l’enjeu pouvait sembler risible. Dans un premier temps, il s’agissait d’empêcher les
argentins d’appuyer leurs revendications sur une partie du continent Antarctique. Dans un deuxième temps, il s’agissait surtout en cette période de guerre froide d’avoir, pour le bloc occidental,
une place de contrôle et d’observation du passage de sous-marins soviétiques proche du Cap Horn (l’URSS soutenait à l’époque le régime argentin).
Après l’arraisonnement du navire de tubes et pour répondre à la volonté
britannique d’explorer des gisements au large des Malouines, le gouvernement argentin a décidé de contrôler tout navire traversant sa zone économique exclusive et désirant se rendre sur
l’archipel. Remarquons que cette annonce est contraire aux dispositions de la convention des Nations-Unies sur le droit de la mer de Montego Bay. En effet, l’article 58 prévoit que
« dans la zone économique exclusive, tous les Etats, qu'ils soient côtiers ou sans littoral, jouissent, […], des libertés de navigation et de survol ».


